Portrait

Téji Savanier, un talent hors normes au MHSC

Chef d’orchestre du Montpellier HSC, Téji Savanier régale chaque week-end la Ligue 1 de sa technique, sa vista, sa qualité de passe… À 29 ans, le néo-capitaine du MHSC est au sommet de son art après plusieurs années dans les méandres de la Ligue 2. Portrait.

Avec Téji Savanier, c’est la même rengaine tous les week-ends ! Le dimanche après-midi, le numéro 11 du Montpellier HSC part en balade dominicale. Le meneur de jeu sort toute la panoplie et enchaîne les gestes techniques : petit pont, transversale, sombrero, extérieur du pied… De quoi donner, le lundi matin, quelques minutes de régalade à tous les amateurs de compilations, qui peuvent revivre le best-of de ses meilleures actions. Cette saison, après 12 journées, il y aurait certainement déjà de quoi en faire un long-métrage sur le chef d’œuvre Savanier.

Un talent qui fait l’unanimité à Montpellier mais…

Du PSG à Liverpool en passant par l’équipe de France, Mamadou Sakho a côtoyé quelques grands joueurs dans sa carrière. Et pourtant lorsqu’il évoque son néo-coéquipier au MHSC, il voit l’un des 10 meilleurs qu’il ait connu. "C’est un gâchis. Il aurait pu faire une meilleure carrière, jouer dans de très grands clubs. À 29 ans, un joueur comme ça qui n’a pas eu la chance de disputer la Ligue des Champions… C’est un sacré talent", confiait Sakho il y a quelques jours. À peine arrivé à Montpellier, Olivier Dall’Oglio a lui aussi compris rapidement qu’il avait à faire à un talent unique : "C’est l’un des joueurs les plus doués que j’ai eu effectivement. Il a un état d’esprit de gagneur, des qualités techniques au-dessus de la moyenne, une vision… Il voit et il fait. Ça c’est extraordinaire", nous expliquait l’entraîneur de la Paillade dans son entretien accordé à MadeInFOOT.

Si Sakho et ODO découvrent aujourd’hui le talent de Téji Savanier, ceux qui le connaissent depuis longtemps le savaient déjà : Téji Savanier est un joueur de niveau Ligue des Champions. "On en parlait à l’époque entre coéquipiers, se remémore Larry Azouni, coéquipier à Nîmes de 2015 à 2017. Quand on regardait la LDC le mardi ou le mercredi, je ne voyais pas beaucoup de joueurs avec la même qualité de pied que lui. Et pourtant, il jouait le vendredi en Ligue 2 dans des stades quasi vides…" Alors comment expliquer qu’il ait découvert la Ligue 1 à 26 ans après plusieurs saisons en L2 ?

Un premier rendez-vous manqué avec le MHSC

Si la Mosson savoure depuis deux ans les bonbons de leur numéro 11, l’histoire entre Téji Savanier et la Paillade a débuté bien plus tôt. "C’est un vrai supporter du MHSC, affirme Hugo Rodriguez, qui le connaît depuis l’enfance. Quand il dit qu’il aime le club, ce n’est pas un discours de façade. Il allait déjà à la Butte Paillade quand il était petit". Natif de la cité Gély (un quartier défavorisé de Montpellier), c’est dans des clubs du coin qu’il tape ses premiers ballons (Castelnau-le-Lez, Lattes et Palavas-les-Flots) avant de débarquer au centre de formation du MHSC à 15 ans. Dans l’ombre d’une génération 1990 exceptionnelle (Stambouli, Belhanda, Cabella, Martin, El-Kaoutari) - qui remportera la Gambardella 2009 avec Savanier sur le banc -, le Montpelliérain ne se voit proposer qu’un contrat amateur d’un an au terme de sa formation.

Sans le sésame professionnel, celui qui évolue à l’époque en attaque prend ses cliques et ses claques et part à une centaine de kilomètres, à Arles-Avignon. "À Montpellier et à Avignon, il ne faisait pas encore le nécessaire. Ce qu’il fait aujourd’hui, on le voyait tous les jours à l’entraînement, mais pas en match. Il n’avait pas encore eu le déclic pour jouer libéré", relate Hugo Rodriguez, qui l’a suivi à Arles-Avignon de 2011 à 2015. Du côté de l’ACAA, au sein d'une équipe instable, Téji Savanier se crée une réputation d’élément fiable en Ligue 2. Il est d’ailleurs le joueur ayant disputé le plus de matchs en professionnel avec le club arlésien (113 matchs). "Mais il n’avait pas de grosses statistiques. Il jouait souvent sur le côté alors qu’il a besoin d’être au coeur du jeu", explique son ancien coéquipier. Après le dépôt de bilan d’Arles-Avignon à l’été 2015, le meneur de jeu de poche (1,71 m, 69 kg) se retrouve sans club à 23 ans. Une nouvelle fois, il va rebondir proche de chez lui : à Nîmes.

Après Arles-Avignon, la transformation décisive à Nîmes

En signant au Nîmes Olympique, Téji Savanier arrive dans un club habitué à jouer les seconds rôles en Ligue 2 et qui s’est ajouté, à l’aube de cet exercice 2015-16, un challenge supplémentaire : huit points de pénalité. "Au début, c’était compliqué, se souvient Larry Azouni. On n’a pas rattrapé notre retard de suite et le coach n’avait pas su trouver le meilleur poste pour Téji". Au rythme du club gardois, le milieu de terrain va alors évoluer et mûrir grâce notamment à un homme : Bernard Blaquart. "Quand il est arrivé, il nous a associé au milieu et c’est là qu’on a fait une grosse deuxième partie de saison, poursuit l’ex-Nîmois. On jouait dans un système quasiment en 4-2-4 avec quatre véritables attaquants. Donc au milieu, il fallait beaucoup courir, mais c’était un régal de jouer à côté de lui, parce qu’il sait tout faire avec le ballon mais en plus il fait l’effort de défendre".

D’un poste d’ailier gauche, le Montpelliérain de naissance est définitivement installé en numéro 8, voire même numéro 6 parfois. Exit également les kilos en trop. Fini les fast-foods et sodas quotidiens. Le déclic est arrivé et Savanier parvient enfin à transposer ce qu’il fait à l’entraînement lors des matchs. "Il a pris en confiance et en responsabilité au fil des matchs. Cela s’est ressenti sur le terrain, il réussissait tout ce qu’il tentait", révèle Azouni. Et cela s’est ressenti également dans ses statistiques. De trois buts et quatre passes décisives lors de sa meilleure saison avignonnaise, il passe à un joueur quasiment en double-double (8 buts et 13 passes décisives en 2016-17). De quoi lui permettre d’enfin sortir du bourbier de la Ligue 2 lors de la montée de Nîmes en 2018. "Ce passage à Nîmes l’a aidé à se positionner à un poste et à se faire se connaître en France, juge son ancien coéquipier. S’il ne monte pas avec Nîmes, peut-être qu’il ne joue jamais en Ligue 1. Alors qu’il en a largement le niveau, et même plus haut…" Il va d’ailleurs rapidement le prouver. Meilleur passeur de Ligue 1 pour sa première saison dans l'élite, Téji Savanier saisit alors l’opportunité de reprendre le fil de son histoire avec le MHSC.

À quand les Bleus et la LDC pour Téji Savanier ?

À 27 ans, il revient là où tout s’était arrêté huit ans plus tôt. Et ce, malgré des sollicitations de l’OL, de l’AC Milan ou encore le Séville FC. Il faut dire que le Montpelliérain est du genre casanier puisqu’il habite toujours à la cité Gély auprès de ses proches, dans la communauté gitane. "Ce retour à Montpellier, c’est aussi une revanche sur lui-même après ne pas avoir été conservé à 19 ans", affirme Hugo Rodriguez. Toujours plus libéré, toujours plus sûr de ses forces, Savanier s’affirme comme l’un des meilleurs joueurs du championnat à son poste. "Sa qualité de pied est vraiment énorme, appuie Larry Azouni. Il met le ballon où il veut et comme il veut : flottant, intérieur, extérieur. Certains utilisent l’extérieur du pied car ils ne veulent pas utiliser leur mauvais pied. Lui non. Il l’utilise parce qu’il estime que c’est le bon geste à faire à ce moment-là".

Cet été, les départs de Gaëtan Laborde et Andy Delort lui ont donné un rôle encore plus important au Montpellier HSC. Positionné un peu plus haut sur le terrain et nommé capitaine par Olivier Dall’Oglio, il est désormais le leader technique et par la parole de son équipe (3 buts et 4 passes décisives en 11 matchs). Sa participation aux Jeux Olympiques de Tokyo avec l’équipe de France n’y est sans doute pas étrangère également. À bientôt 30 ans (le 22 décembre prochain), son nom est régulièrement cité pour apparaître parmi les 23 de Didier Deschamps. Mais pour le voir intégrer la liste des Bleus, il lui faudra probablement découvrir la compétition-baromètre du sélectionneur : la Ligue des Champions. Savanier le sait bien, et même s’il a récemment avoué que "ce serait un rêve d’être appelé" en équipe de France, il a également reconnu que c’était plus facile pour les joueurs qui jouent une Coupe d’Europe.

Comme tous ceux qui l’ont connu, Hugo Rodriguez est en persuadé, il aurait le niveau pour jouer au-dessus, dans des grands clubs européens : "Je le pensais déjà quand il est monté avec Nîmes : je le vois jouer dans des clubs qui disputent régulièrement la LDC, comme Lyon, Monaco ou le Milan AC par exemple". Mais cela impliquerait de quitter Montpellier… Téji Savanier en a-t-il envie ? Pas sûr, il est si bien chez lui, à la cité Gély, au milieu des siens.